République Dominicaine – Haïti : Un Reflet Troublant de l’Histoire Oubliée
Mr. KESNEL BELJEAN

République Dominicaine – Haïti : Un Reflet Troublant de l’Histoire Oubliée

 

Le comportement des dirigeants dominicains vis-à-vis des Haïtiennes et Haïtiens vivant en Dominicainie évoque, de manière glaçante, le traitement réservé aux Juifs dans l'Allemagne nazie. Bien que les contextes soient distincts – l’un enraciné dans les tensions caribéennes contemporaines, l’autre dans l’Europe fasciste du XXe siècle – les mécanismes de marginalisation, de stigmatisation et d’exclusion présentent des similitudes troublantes. La principale différence ? L’absence criante de réaction internationale aujourd’hui, alors que le monde s'était mobilisé contre les atrocités hitlériennes.

Dans les années 1930 et 1940, l’Allemagne nazie a mis en place un système de persécution orchestrée à l’encontre des Juifs. Discriminés, déshumanisés, puis systématiquement exterminés dans l’horreur des camps de concentration, leur sort a marqué à jamais l’humanité. Cette tragédie a conduit, après la Seconde Guerre mondiale, à une prise de conscience mondiale : plus jamais ça. Des traités internationaux ont vu le jour, des institutions ont été créées pour protéger les droits humains, et les idéologies racistes ont été publiquement condamnées.

Des nègres Dominicains engagés contre les nègres Haïtiens

Mais aujourd’hui, en Dominicanie, les Haïtiens et leurs descendants sont victimes de politiques discriminatoires et de violences qui rappellent, à certains égards, ces heures sombres de l’Histoire. Nombre d’Haïtiens sont venus chercher une vie meilleure de l’autre côté de l’île. Pourtant, ils y trouvent l’humiliation, la peur constante d’être expulsés, et un rejet systémique. Des lois comme la tristement célèbre décision 168-13 de 2013 ont plongé des dizaines de milliers de personnes – pourtant nées sur le sol dominicain – dans l’apatridie, les privant de leurs droits fondamentaux.

Ce traitement est appuyé par une rhétorique d’État qui présente les Haïtiens comme un danger démographique, économique, voire racial. Dans les discours officiels, dans les médias, et parfois dans les actes, se dessine une politique d’exclusion qui légitime l’hostilité envers cette population. Certaines voix en Dominicanie dénoncent cet état de fait, mais elles restent marginales, souvent réduites au silence ou ignorées par les autorités.

 

Ce qui frappe le plus, c’est le silence du monde. Alors que l’histoire nous a appris, au prix du sang et des larmes, l’importance de la vigilance face aux dérives nationalistes et racistes, la communauté internationale reste muette. Pas de sanctions. Peu de condamnations. Encore moins d’actions concrètes.

Comment comprendre qu’au XXIe siècle, dans un monde globalisé, numérisé, interconnecté, de telles discriminations puissent encore être tolérées sans réaction ?

L’indifférence actuelle contraste violemment avec l’élan moral qui, il y a quelques décennies, a conduit le monde à se lever contre le nazisme. Cette passivité est non seulement incompréhensible, mais aussi dangereuse. Elle envoie le message que certains êtres humains peuvent être traités comme des sous-citoyens, sans que cela ne soulève de véritable opposition.

Comparer la Dominicanie d’aujourd’hui à l’Allemagne nazie n’est pas un acte de provocation : c’est une alerte. Une invitation à voir les signes avant qu’il ne soit trop tard. Car la déshumanisation d’un groupe, où qu’elle se produise, est toujours le prélude à des violences plus graves. Les responsables dominicains ne construisent pas de camps, mais ils édifient des murs invisibles, des lois d’exclusion, une idéologie du rejet qui repose sur la même logique perverse.

Face à cela, la communauté internationale – gouvernements, ONG, intellectuels, citoyens – doit se réveiller. Il ne s’agit pas seulement de défendre les Haïtiens en Dominicanie. Il s’agit de défendre l’humanité, notre capacité collective à apprendre des erreurs du passé, à refuser l’injustice, où qu’elle frappe. 

Ne rien faire, c’est accepter. Se taire, c’est devenir complice. Et l’histoire, une fois encore, pourrait ne pas pardonner notre inaction.

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Mr. KESNEL BELJEAN

Tél. (509) 44973412

kesnelbeljean14@gmail.com

 

Les réactions à cet article

1 - Vers une Gouvernance Équitable pour Haïti

Plus l'obstacle, alimenté par l’incompréhension des Haïtiens — dirigeants et peuple confondus — se dresse, plus le mal public haïtien trouve les moyens de s’installer et de transformer l'État en un monstre dévorant qui sème la terreur.

Au lieu de nous contenter de dénoncer indéfiniment ce mal, le pays aspire à voir des personnes intègres à l'œuvre, œuvrant pour une solution définitive aux problèmes cruciaux de notre peuple.

La transition envisagée pour établir une gouvernance haïtienne favorable au bien-être collectif nous semble être le choix idéal pour remettre Haïti sur la voie d’un régime de droit indispensable.

Me René JULIEN 

Citoyen engagé 

2- Auteur anonyme 

Vérité absolue. Regarde bien à qui appartiennent les grandes industries, les chaînes d’hôtels et l’industrie du tourisme dans ce pays, et tu comprendras quelles mains et quels esprits se cachent derrière ces nuisances ciblées contre les Haïtiens. Si la situation perdure, ce sera au tour des Dominicains natifs d'être persécutés, ouvrant ainsi la voie aux véritables oppresseurs pour contrôler la partie est de l’île. 

 

 

 

Amnisty International

République Dominicaine 2024

La discrimination était omniprésente et le recours au profilage racial courant. Les défenseur·e·s des droits humains ont cette année encore subi un harcèlement important. Les autorités auraient recouru de façon excessive à la force dans le cadre d’opérations visant des migrant·e·s et des personnes demandeuses d’asile. Les femmes et les filles étaient exposées à de graves violations de leurs droits, dont des violences liées au genre et de la discrimination.

Contexte

Le président sortant, Luis Abinader, a été réélu en mai.

Discrimination

La discrimination raciale demeurait structurelle et généralisée, touchant particulièrement les personnes dominicaines d’origine haïtienne et les demandeurs et demandeuses d’asile haïtiens en quête de protection. Elle avait des conséquences directes sur leurs droits en matière de santé et d’éducation. Le profilage racial était monnaie courante dans le cadre des opérations des services de l’immigration.

Le président ne s’est pas engagé à promouvoir ou à élaborer une législation exhaustive contre la discrimination. Par ailleurs, aucune réforme n’a été mise en place en vue d’améliorer les enquêtes sur les signalements de torture ou d’autres mauvais traitements, malgré les éléments prouvant que les groupes victimes de discrimination étaient plus susceptibles de subir de tels sévices.

Défenseur·e·s des droits humains

Les défenseur·e·s des droits humains étaient la cible d’actes de harcèlement et de menaces. Celles et ceux qui travaillaient sur le racisme, le genre ou les droits des personnes LGBTI étaient particulièrement visés. Des militant·e·s et des avocat·e·s ont signalé avoir reçu des menaces de mort et être harcelés sur les réseaux sociaux.

Des groupes opposés aux droits fondamentaux ont harcelé et menacé des personnes et des organisations luttant pour les droits humains, qui n’ont pas été protégées par les autorités.

Déchéance arbitraire de la nationalité

Onze ans après l’arrêt de la Cour constitutionnelle ayant privé rétroactivement de leur nationalité des milliers de Dominicaines et Dominicains d’origine haïtienne, le gouvernement n’avait toujours pas pris de mesures suffisantes pour limiter et réparer les violations des droits humains qui en découlaient, malgré une décision de la Cour interaméricaine des droits de l’homme lui enjoignant de le faire1.

En septembre, les membres du mouvement Reconoci.do ont manifesté pour dénoncer le racisme et les obstacles institutionnels auxquels étaient confrontés des milliers de Dominicain·e·s d’origine haïtienne, et pour appeler à leur redonner la nationalité.

Droits des personnes réfugiées ou migrantes

Des organisations de la société civile et des victimes ont signalé que la violence et le recours excessif à la force étaient monnaie courante dans le cadre des opérations des services de l’immigration. D’après certaines sources, des agents en civil ont mené des opérations sans mandat, parfois de nuit, au cours desquelles ils ont eu recours à la violence et ont volé des objets personnels2.

Les personnes en quête d’une protection internationale rencontraient des difficultés pour demander l’asile. L’État n’informait pas les nouveaux arrivant·e·s de la procédure à suivre pour les demandes d’asile, et les demandes de visas ou de renouvellement de permis de séjour étaient entravées par de nombreux obstacles. Les renouvellements de titres de séjour ont repris en avril.

En octobre, le président a annoncé un plan visant à expulser jusqu’à 10 000 Haïtiennes et Haïtiens par semaine, ce qui risquait d’entraîner des violations du droit international3. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, au cours de l’année, la République dominicaine a expulsé 193 508 personnes vers Haïti, en dépit de la crise et de la violence qui sévissaient dans ce pays.

Discrimination et violences sexuelles ou fondées sur le genre

L’avortement était toujours interdit. En juillet, le processus d’approbation d’un nouveau code pénal, qui aurait maintenu l’interdiction totale de l’avortement et compromis davantage l’autonomie reproductive des femmes ainsi que les droits des personnes LGBTI, n’a pas abouti.

Le féminicide et les crimes de haine n’étaient toujours pas considérés comme des infractions pénales spécifiques. Selon les chiffres officiels, 94 femmes ont été tuées entre janvier et septembre.

Les médias ont fait état de violences sexuelles et fondées sur le genre commises lors d’opérations des services de l’immigration. Par exemple, selon des informations publiées en avril, un membre de l’armée aurait agressé sexuellement une jeune haïtienne de 14 ans lors de l’une de ces opérations. Des personnes enceintes, en particulier des demandeuses d’asile haïtiennes et des Dominicaines d’origine haïtienne, ont cette année encore été expulsées du pays. En raison du rejet social dont elles étaient victimes et de la crainte d’être placées en détention ou expulsées, ces personnes renonçaient souvent à consulter un médecin, ce qui les exposait à de graves risques pour leur santé et leur vie.


  1. « Plus d’une décennie de lutte et de résistance contre l’apatridie en République dominicaine », 23 septembre ↩︎
  2. « Le second mandat du président Luis Abinader doit donner la priorité au respect des droits humains et mettre fin aux politiques migratoires racistes », 28 août ↩︎
  3. Il faut mettre fin aux expulsions racistes de Haïtien·ne·s, 8 octobre ↩︎
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